Plus de 2 milliards de personnes dans le monde dépendent de l'agriculture familiale à petite échelle pour leur subsistance. Or, ces producteurs, essentiels à la sécurité alimentaire globale, font face à des défis considérables qui menacent leur survie et la stabilité de nos systèmes alimentaires. Ce rapport détaille les principaux obstacles et propose des pistes de solutions pour un avenir plus durable.
Défis environnementaux : l'impact du changement climatique
Le changement climatique exacerbe la vulnérabilité des petits exploitants agricoles, impactant directement leurs rendements et leur capacité à assurer leur subsistance.
Le changement climatique : une menace croissante
L'augmentation des températures, la fréquence accrue d'événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, cyclones) et la modification des régimes de pluies affectent gravement les cultures et l'élevage. Selon la FAO, une augmentation de 2°C pourrait réduire les rendements de riz de 10 à 20% dans certaines régions d'Asie du Sud-Est, affectant des millions de petits exploitants. L'adaptation par le biais de techniques agricoles durables, telles que l'agroécologie, l'agriculture de conservation et l'utilisation de variétés résistantes à la sécheresse, est cruciale. L'accès à des assurances climatiques est également un facteur essentiel pour atténuer les risques.
Dégradation des sols : une ressource précieuse en danger
L'érosion, la désertification, la salinisation et la perte de fertilité des sols constituent une menace majeure pour la productivité agricole. En Afrique subsaharienne, la dégradation des sols réduit les rendements agricoles de 8% par an, selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Des pratiques agricoles durables telles que la rotation des cultures, le couvert végétal, et l'utilisation d'engrais organiques sont essentielles pour préserver la santé des sols. La réhabilitation des sols dégradés est aussi un défi majeur qui nécessite des investissements importants.
Pénurie d'eau : une ressource vitale sous pression
L'accès à l'eau pour l'irrigation est un défi crucial, particulièrement dans les zones arides et semi-arides. La compétition pour les ressources en eau avec d'autres secteurs (industrie, villes) aggrave la situation. Environ 70% de l'eau douce est utilisée pour l'agriculture, dont une grande partie est gaspillée par des systèmes d'irrigation inefficaces. L'amélioration des techniques d'irrigation (irrigation goutte-à-goutte, micro-aspersion), la collecte et le stockage de l'eau de pluie, et une gestion intégrée des ressources en eau sont primordiaux pour assurer la disponibilité de l'eau pour l'agriculture.
Biodiversité et maladies : la fragilité des écosystèmes agricoles
La perte de biodiversité agricole rend les cultures plus vulnérables aux maladies et aux ravageurs. La monoculture, une pratique courante dans certaines régions, accentue ce risque. La diversification des cultures, la promotion de l'agrobiodiversité et la gestion intégrée des ravageurs sont des solutions clés pour renforcer la résilience des systèmes agricoles. L’utilisation de semences locales et paysannes est une approche importante pour préserver la biodiversité.
- L'utilisation de pesticides chimiques représente un risque important pour la santé humaine et l'environnement.
- La perte de variétés locales de plantes cultivées représente une perte irremplaçable de ressources génétiques.
Défis socio-économiques : pauvreté, accès aux marchés et inégalités
Les défis socio-économiques constituent un frein majeur au développement des petits exploitants agricoles, les rendant particulièrement vulnérables aux chocs externes.
Accès aux marchés et financements : un accès limité aux ressources
Les petits exploitants agricoles rencontrent souvent des difficultés d'accès aux marchés de commercialisation, aux intrants agricoles (engrais, semences, pesticides) et au financement. La distance aux marchés, les coûts de transport, les intermédiaires et l'accès limité au crédit bancaire constituent des obstacles importants. Le développement de coopératives agricoles, l'accès au microcrédit et l'utilisation des technologies de l'information et de la communication (TIC) pour la commercialisation directe peuvent améliorer l'accès aux marchés et aux financements. L’accès à internet haut débit est crucial.
Pauvreté et inégalités : un cercle vicieux de vulnérabilité
La pauvreté et les inégalités limitent l'accès à l'éducation, aux soins de santé et aux technologies, renforçant la vulnérabilité des petits exploitants. Selon la Banque Mondiale, près de 70% des personnes vivant dans l'extrême pauvreté dépendent de l'agriculture. Des programmes sociaux ciblés, des investissements dans le capital humain et l'accès à des services de base sont nécessaires pour rompre le cercle vicieux de la pauvreté.
Concurrence et mondialisation : un marché agricole mondialisé
La concurrence des grandes exploitations agricoles et l'impact des importations à bas prix affectent négativement les prix des produits agricoles locaux. Les petits exploitants sont souvent désavantagés face à cette concurrence. La spécialisation dans des productions de niche, le développement de marques locales, l'obtention de certifications (bio, équitable) et le soutien des politiques publiques sont des stratégies essentielles pour améliorer leur compétitivité.
Démographique et transmission des savoirs : un enjeu de renouvellement des générations
Le vieillissement de la population agricole et l'exode rural menacent le renouvellement des générations. L'attractivité du métier d'agriculteur est faible pour les jeunes, notamment dans le contexte des difficultés évoquées précédemment. Des politiques d'incitation à l'installation des jeunes, des formations professionnelles et la valorisation des savoirs traditionnels sont essentielles pour assurer le transfert des compétences agricoles.
- Seulement 15% des jeunes ruraux envisagent une carrière dans l'agriculture.
- L'âge moyen des agriculteurs dans les pays développés est de plus de 55 ans.
Défis technologiques et institutionnels : l'importance de l'innovation et des politiques publiques
L'accès aux technologies et un cadre institutionnel favorable sont des facteurs clés pour améliorer la productivité et la résilience des petits exploitants agricoles.
Accès aux technologies : un fossé numérique à combler
L'accès aux technologies agricoles améliorées (semences améliorées, machines agricoles, technologies de l'information et de la communication) est inégal. De nombreux petits exploitants n'ont pas accès à internet haut débit ni aux formations nécessaires pour utiliser ces technologies. Un transfert de technologie approprié, une vulgarisation agricole efficace et un accès à la formation sont essentiels pour combler ce fossé numérique et technologique.
Cadre institutionnel et politiques agricoles : un soutien essentiel des pouvoirs publics
Des politiques agricoles inclusives et participatives, avec des subventions ciblées, un soutien technique adéquat et des assurances agricoles sont essentielles pour accompagner les petits exploitants. La simplification des procédures administratives et la mise en place de mécanismes de protection sociale pour les agriculteurs sont également cruciales. Le soutien aux coopératives et aux organisations de producteurs est un élément clef.
Gouvernance foncière et sécurité foncière : la base d'un développement durable
La sécurité foncière est un élément crucial pour l'investissement et le développement à long terme des exploitations agricoles. La clarification des droits fonciers, la sécurisation de la propriété foncière et l'accès à la terre pour les jeunes générations sont des conditions essentielles pour assurer la stabilité et le développement des exploitations agricoles.
Adaptation aux nouvelles technologies (AgriTech) : l'opportunité de l'innovation
L'utilisation de l'intelligence artificielle, de la robotique, des capteurs et des données (big data) offre des opportunités considérables pour améliorer l'efficacité et la durabilité de l'agriculture à petite échelle. Cependant, il est essentiel de veiller à ce que ces technologies soient accessibles et adaptées aux besoins spécifiques des petits exploitants, en évitant d'accentuer les inégalités.
- Les drones peuvent être utilisés pour la surveillance des cultures et la gestion des intrants.
- Les applications mobiles permettent d'accéder à des informations sur les marchés, les prévisions météorologiques et les techniques agricoles.
Les défis sont nombreux et interconnectés, mais des solutions existent. Une approche systémique et intégrée, impliquant les gouvernements, les organisations internationales, le secteur privé, la société civile et les consommateurs, est indispensable pour assurer la survie et le développement durable des petits exploitants agricoles et garantir la sécurité alimentaire mondiale.